Présentation

Profil

  • : anatta
  • Chroniques FCCéennes
  • : Homme
  • : France

Catégories

Archives

Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 00:18

AQUAMANILE

 

 

 

            Le lavabo paraissait plus bas que d’ordinaire. Plus étroit. Mal conçu. Figé, trop figé. Trop statique pour un bloc d’émail. Le robinet aux reflets démesurés, cimetière d’anamorphoses, de symétries curvilignes aux multiples centres, semblait, quant à lui, excessivement saillant. Agressif. Tapageur d’un champ visuel peut-être déjà trop restreint.

            Décentration. L’examen de cet ustensile de salle de bain ne se réalisait pas correctement. Impossible de l’aborder de façon directe. Procéder par détours. On l’observe alors par ses miroitements. La chose prend sa forme de robinet par la synthèse du puzzle d’irisations qui tapissent son long cou métallique. Le robinet devient robinet lorsque le regard, par ses fragmentations, devient lui-même une étoffe moirée.

            Déplacement. Tourment de l’âme inaccoutumée par la soudaine et merveilleuse réalité. Déplacement furtif des yeux aux aguets. Inaccessible périphérie visuelle. Voir sans pouvoir observer. Déplacement du centre. Le temps tourne. L’équilibre se remodèle. Les forces centrifuges poussent la perception transposée vers un nouveau centre. Vers de nouveaux centres. C’est ce qui engendre le dépaysement, l’effet d’étrangeté, le bizarre de la situation. Voir un lavabo pour la première fois, sans toutefois le découvrir. Tout est dans le détail. L’inopportun détail. L’intrusif détail. Le détail outrancier, persécuteur, celui qui met mal à l’aise. Le détail obnubilant qui bientôt prend tout le lavabo.

            L’esprit se fige. Il coagule pour ainsi dire. Sans doute est-ce ce phénomène qui, projeté sur les objets, leur donne leur aspect si pétrifié. Néanmoins, comment expliquer la texture poreuse du lavabo ? Un lavabo-corail. Un ver inoxydable pour unique occupant, trop volumineux, hélas, pour se glisser dans cette mousse calcifiée…

            Robinet ! Ver métallique, accompagné de ses légendes falsifiées, muni de ses deux tétons : un rouge, un bleu. Et la pupille béante au fond de son habitat-cuve-d’émail. Un œil et sa paupière de métal rétractable. Forme zoomorphe inquiétante.

Courbé tel un arc de cercle, le lombric métallique laissa jaillir de sa gueule gangrenée de calcaire la liquéfaction translucide de ses viscères digérés.

Quoi de plus déstabilisant que son unique membre phallique permettant à l’œil-bouche du lavabo poreux de cligner ou d’articuler des syllabes gluantes ?

Boire sans cesse des tripes désagrégées. Déglutir goulûment en éructant des mots insignifiants.

Voir pour cet aquamanile, c’est engloutir…

Mon lavabo n’était plus le même. Méconnaissable. Vivant dans son extrême paralysie. Le lavabo vivait de son immobilité. Paradoxe nerveux, anxiogène. Angoissant jusque dans l’extase. C’est dans ces moments là, lors d’intenses bouleversements, que l’on peut fusionner les opposés et embrasser l’unité morcelée.

            La roue du temps circula et sans quitter ce lavabo des yeux, je reculai, éteignis la lumière de la salle de bain et sortis à tâtons, plongé dans l’obscurité grouillante, vers les gorges sanguinolentes de ma chambre qui déjà n’était plus…

 

 

 

* 

 

Par anatta - Publié dans : Turmoil / Ecrits Mystiques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 00:11

La Roue

 

 

 

            La roue tourne. Ecrasante, elle broie la raison, tourmente l’âme. Il arrive de vomir des flammes, de tousser et d’extraire de ses poumons des graines noires. La roue est constituée d’anneaux  de cuivre concentriques et d’innombrables rayons dorés. Il en émane du bleu outre-mer et du rouge sanguin. Quelques éclats de vert peuvent apparaître…

            Je regardai mes mains posées sur la table. Je fermai les yeux et sur l’écran noir de mes paupières s’éternisaient en longues glissades mes mains colorées en négatifs. Infatigable persistance rétinienne. Infinie. Perturbant, presque angoissant. C’est au sein de ces instants que la réalité se dérobe et se déréalise, fuit et se recroqueville en un inextinguible souvenir secret. La désertion de l’habituel désarçonne. Etre étranger à soi-même est une sensation paradoxale.

            L’étrange abat ses affres lorsque l’âme de l’aveugle outrepasse le seuil de l’ailleurs, ailleurs qui n’est pas si loin que cela, d’ailleurs. La cécité cesse progressivement et l’aveugle se met à voir. Mais comment interpréter la vision si l’on ignore tout d’elle ? De la forme à la couleur en passant par la spatialité et la mesure, tout se disloque et fait mourir la moindre parcelle d’innocence humaine. Pardonnez-moi cette ironie, mais je fus tel cet aveugle. J’ai vu et refermé aussitôt les yeux. Trop éblouissant, pas encore près…

             

Fœtale, mon âme s’est alors immergée dans les volutes de la roue aux mille pétales. On meurt sans fin. Chute, montée, rires et mots caducs. La roue roule et hurle ses cris gris de multiples engelures. Craquellements, scindements, scissions, brisures. Mes os se cassent, s’effritent dans le tourbillon morbide de cette roue. Pris dans ses infâmes engrenages, je deviens rouage, chaînes et soupapes. Mon cœur est un moteur, mes viscères des tubes d’échappements par lesquels s’échappent la volonté, le plaisir, la douleur et finalement moi-même.

J’expire mais mon corps inspire. Mes veines me brûlent. Ma peau s’ancre dans une destinée sans fin. Je suis semblable à une veste de cuir. Trophée, cette peau enveloppe le corps d’un autre. Ce n’est pas moi…

Amoncellement d’irradiations provenant du centre. Mais quel centre ? Et le centre de quelle sphère ?

Une sphère écrasée par son propre poids n’est rien d’autre qu’un disque. Un disque qui fuserait à une prodigieuse vitesse s’évincerait jusqu’à devenir, sous l’action des frottements, une droite, un segment, une infinité de points, un seul et unique point, une coordonnée, juste quelques chiffres abstraits sans signification en soi !

 

Je suis un néant. Banal et raté. Je n’ai jamais compris ce qu’était le fait d’être humain. Je meurs sans cesse, d’instant en instant. Chacun de mes pas me rapproche de la mort et je survis au sein d’un monde ou je n’ai et n’aurai jamais le mode d’emploi du corps et de l’âme que je pense posséder.

Etranger parmi moi-même. Je pilote un être vivant sans savoir où aller. Je pilote inlassablement. Mais, inexorablement, les tourments de la roue me rattrapent pour me rappeler qu’ici, je ne contrôle rien.

Je suis chez vous. Si naïf et si sournois. Je suis si faux ! Masque social, éthique et nominal. Décharnez-moi et derrière la chair le monstre surgira, assoiffé de sang et de vie pour mieux mourir ou affamé de mort pour mieux vivre.

Comment connaître son prochain si nous ne nous connaissons pas ? Peut-être sommes-nous tous des étrangers, des aliénés, des erreurs, le chemin insipide d’une roue dentelée ?

Mes terreurs cisaillent le voile qui couvre ma vue. C’est comme supprimer l’horizon : la terre et le ciel se fondent l’un dans l’autre.

J’ai refermé les yeux pour mieux voir. Cette fois-ci j’étais près…  et ce que l’on voit lorsqu’on est emporté par la roue est d’une objectivité surprenante. Transcendance. Je crois que l’on ne fait rien d’autre que de voir. Quant à savoir quoi, il ne tient qu’à vous de me le dire…

 

 

 

*

 

 

Par anatta - Publié dans : Turmoil / Ecrits Mystiques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /2009 23:50

Y

 

 

 

 

Le temps se dilate et se rétracte

Je distingue à présent ses vergetures,

cicatrices de l’événement,

passage entropie, déchirure de l’âme

 

Stupeur de l’intention

Gel de l’intention

 

Visages en latex

Masques de chairs

Viandes mortes caoutchouteuses

 

Poupée désertée,

pupilles images miroitées désaffectées

imbibé d’écart, supplanté par

l’échec de l’amorce réalisatrice de l’événement

 

Ecorce caillouteuse, gravier végétal

 

On gratte le blanc de mon œil,

dissèque la cosse d’ivoire de l’humide globe

 

L’humeur s’évapore, l’iris s’immole

S’imprègne entre soi et le décor,

pluie sanguine, gâte le nectar

du bain de l’existence

 

Chancellements édéniques

 

 

Mon cœur, aven inondé de synovie,

putride monument karstique,

me permet l’articulation des émotions,

crypte close d’un ciel éteint

 

Voyage avorté par les murmures forestiers

Impacts diligents, buissons d’éclatements

Tornades et bourrasques proprioceptives

Scènes syncopées et lascives

 

Monde charnel parcellé

 

Stérile est l’information

Fossilisé est l’immédiat

Trop brut, événement brisé

 

Un poulpe me ronge l’estomac

Ne réclame que sa pitance

Dissociative édulcorée, désaclimatée

Le cristal de la conscience est rayé

 

Sable inoculé entre les synapses

Cellules apocalypses

Viscérale estampe du sensuel
Impressions sybarites tronquées

 

 

 *

 

Par anatta - Publié dans : Turmoil / Ecrits Mystiques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Calendrier

Février 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
             
<< < > >>

Derniers Commentaires

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus